ÉLAN planeur

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 LA VAGUE

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Fowly
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Nombre de messages : 31
Date d'inscription : 02/09/2011

MessageSujet: LA VAGUE   Sam 29 Oct 2011 - 23:54

La brume matinale traîne paresseusement laissant à peine deviner les sommets du Luchonnais encore endormis. La verrière de Peg-peg reflète un soleil déjà franc alors que ses ailes luisent de rosée. Le ciel d'un bleu intense ne laisse apparaître aucun signe du conflit qui devrait s'y dérouler. Qui peut croire en constatant ce grand calme apparent que la météo annoncée n'implique que turbulences ?
-« Vent de sud se renforçant jusqu'à 100 Km/h en soirée »-
Les vautours familiers des régimes de brise ne sont pas visibles sur les pentes, on a beau écarquiller les yeux dans toutes les directions, ils ne sont pas là !

La manche à air pointe tristement vers le sol et ne donne aucune confirmation du vent de sud, la brise voudrait elle prendre le dessus ?
Comme pour vouloir le confirmer, les premiers fractos se dégagent des crêtes. Le remorqueur part pour un vol d’initiation, au retour son pilote nous donnera ses impressions sur la masse d'air.
Les montures sont prêtes, les cochers partent se restaurer.

Il n'est que treize heures quand la manche à air commence à s'animer paresseusement en pointant son écope vers les nord, le remorqueur propose d'y aller « pour voir ».
A peine partis vers la raquette 01, qu'une rafale appuyée de sud nous rappelle à l'ordre. Le pilote du remorqueur range son élingue ; Le DR 400 restera an parking aujourd'hui...

Comme par magie, tout l'aérodrome se réveille de sa léthargie. On peut observer un ballet digne d'un porte-avions où machines et hommes se mêlent en une chorégraphie délicate et précise.
Les mini-tracteurs tirent les grandes ailes blanches deux par deux vers leurs point d'envol alors que la « catapulte » commence déjà à dérouler ses câbles. Ceux qui restent en attente sur le bord du « pont » bichonnent leur machines, sanglent les parachutes ou courent chercher qui une carte, qui une simple bouteille d'eau. Les radios de bord égrennent leurs messages laconiques et les premières grandes plumes décollent ne se laissant deviner que par le sifflement aigu du câble d'acier les retenant pendant encore un court instant à la terre.

Peg-peg est le dernier de la liste, son pilote est un bleu par ces conditions.
Il échange avec le cocher du biplace qui le précède, une pro qui lui délivre les derniers conseils et fini par le laisser dans la réflexion où se mêlent le sentiment de confiance découlant d'une bonne formation et l'inévitable appréhension du vol solo.
Son regard quitte à peine ceux qui l'on précédé qui apparaissent de temps en temps au détours du sommet sud du village de Casaris quand il agrafe son parachute, heureusement ils semblent monter.
Le harnais serré à fond, la check-list décollage effectuée, il appelle le treuil en donnant son immatriculation pour tendre le câble.
L'attente lui semble maintenant infernale tandis que son rythme cardiaque augmente, que son pouce effleure l'alternat de la commande radio, espérant que ce parachute de ce damné câble daigne avancer...

« TENDU ! »

l'accélération augmente comme toujours de façon délirante pour le non initié, mais rassurante pour lui : il peut effectuer la rotation qui va l'amener progressivement jusqu'à un angle de 45°.
l’altimètre confirme par la vitesse de rotation de ses aiguilles un taux de montée confortable alors que le variomètre reste bloqué à fond en positif, la vitesse est correcte. Tous les paramètres sont bons et le cœur a fini de cogner. Déjà la tension se fait plus molle, il est temps de rendre la main ; Il sait qu'il n'existe qu'une seule et unique façon de bien faire et elle ne se mesure qu'au bruit que fait le crochet quand il libère le câble. Le petit « clac » discret le satisfait pleinement aujourd'hui mais le travail vient à peine de commencer : il faut vite rentrer le train, annoncer l'altitude de largage remercier et filer direct sur la pente.
Le point de repère signifiant le retour immédiat est un poteau de ligne électrique à flanc de coteau, il faut au minimum arriver à sa hauteur pour oser continuer en rasant routes et villages à 120 Km/h.
Après une hésitation le variomètre confirme la sensation ressentie par tout le corps : Peg-peg entre enfin dans son élément en accélérant presque tout heureux de la promesse que son cavalier lui fait : monter là haut !
Seulement pour l'instant il ne voit le ciel que de loin, enfermé entre ces deux montagnes trop proches ou il est véritablement indécent d'y trouver une ascendance due au seul vent. La concentration est au maximum car le soleil est déjà voilé par des nuages de formes inconnues en plaine, il faut donc pas compter sur les thermiques, ces bulles de chaleur qu'affectionnent tant aigles et vautours.
Peg-peg s'ébroue maintenant. Oh ! Il ne ressemble pas à un étalon espagnol, ses ailes ne rebondissent pas sur l'air, elles plient gracieusement, ses ailerons seront sûrement trop mous pour un chasseur, mais il conserve le caractère doux et gentil que l'on concède au Haflinger. Son pilote sait qu'il a des dents à rayer le parquet quand on le pousse un peu...

Maintenant presque arrivé au sommet, la poussée dynamique se durcit tout en se rétrécissant.
La radio fuse de messages annonçant altitudes et positions, pourtant il se sent seul, les autres sont déjà partis vers d'autres versants plus prometteurs semble-t-il, alors pourquoi ne pas tenter sa chance ?
En direction du col du Portillon, il faut passer sous le vent de la station de Superbagnères ; habituellement, ce versant de montagne donne une magnifique ascendance dynamique par brise de nord, seulement aujourd'hui c'est exactement l'inverse : le vent saute la station en provocant de monstrueux rouleaux.
Dans cette incroyable turbulence, Peg-peg semble avoir perdu le sens du vol. Ses instruments affichent des valeurs hoquetantes et imprécises, seul l'altimètre condamne ce choix : il tombe littéralement quelques centaines de mètres avant l'entrée du col. Entre peur, allant et raison, le retour sur le petit village de Casaris semble être la seule option, car le ciel est vide d'autres ailes.

De retour sur la pointe du départ, quelle ne fût pas la surprise du « bleu » de trouver une poussée qui ressemble à un thermique ; En quelques tours bien inclinés une altitude plus confortable permis de tenter à nouveau l'aventure.
De nouveau, les rotors lui menèrent la vie dure. Au passage sud du Portillon, un formidable coup de poing plièrent les ailes, le variomètre accusât le coup en se bloquant sur +5 m/s. C'était si incroyable qu'il tapotât sur l'instrument ! L'évidence se vit à travers la verrière, le sol fuyait ! L'altimètre, d'ordinaire bien paresseux, confirmait l'impensable : l'aiguille des centaines de mètres progressait de façon bien vulgaire vers le haut.

Les turbulences cessèrent tout à coup et le temps comprendre ce qui se passait, il se sentit comme cloué en plein ciel.
Immobile !
Tous les instruments donnaient des valeur stables sauf l'altimètre qui n'en finissait plus de tendre vers des valeurs interdites.
4000 mètres et soudain un message radio : « fais attention, hein ? »
Il lui revint à l'esprit l'évocation presque mystique du monstre des grandes hauteurs qui vous prive de l'oxygène vital en vous endormant aussi insidieusement que lentement. Ne pas céder à ce paradis euphorisant trop longtemps sous peine de mort.
Dix petite minutes à se réciter une table de multiplication ou les paroles d'une chanson pour ne pas perdre la boule ! Est ce risible ? Alors que l'on navigue tellement immobile, que seuls les froids instruments ramènent à une réalité au delà de ce qu'ils indiquent ; Que l'indicateur de vitesse minore la vitesse réelle, que le variomètre n'a jamais été aussi calme et est pour une fois aux ordres du pilote !
Ce nouveau monde est étrange, il procure des sentiments inconnus: une majestueuse chaîne de montagne se fait château de sable, les si méchants rotors se font les témoins d'immenses vagues invisibles mais à pourtant surfer, le volume de vide qui vous entoure à perte de vue qui ramène au ridicule de sa petite existence voire à la futilité des problèmes que l'on peut se créer sur cette terre.
Cette terre si s'offre sous son plus beau jour pour qui sait être contemplatif mais surtout se donne la peine d'arriver jusque là.
Sentiment indescriptible de se trouver en un lieu aussi silencieux qu'une église. Se sentir simplement invité pour qui n'a pas l'âme du conquérant destructeur. Une solitude bienveillante bien au delà du vil égoïsme latent, rampant dans les basse couches.
Plénitude.
Une forme de paradis ?

La chaîne de l'Aneto dominant les Pyrénées de sa blancheur enneigée n'est qu'a une portée de tromblon maintenant, Peg-peg obéit au millimètre tout heureux de galoper au royaume des chevaux ailés. Alternant toutes les dix minutes entre les basse altitudes pour se ré-oxygéner et les phases ascendantes, le petit pilote saute les ressauts faisant indéniablement corps avec Peg-peg.
Il lui fallu faire un réel effort pour regarder la montre : déjà deux heures de vol !
Le piège de la fatigue, il le connais bien et céder à l'euphorie du moment serait bien tentant, heureusement la morsure plus insistante du froid lui montre sa simple condition d'être humain fragile : il est temps de rentrer et dire au revoir à un monde qui il l'espère saura à nouveau l’accueillir.

2800 mètres, demander les conditions au sol. La réponse ne tarde pas confirmant un scénario violent.
2700 mètres, les turbulences reviennent à peine masquées par la sortie du train d’atterrissage et des aérofreins.
Cinq minutes d'une infernale descente ou plus l'altitude décroît, plus Peg-peg gémit de toutes ses membrures faisant penser qu'il n'est qu'un vieux voilier en bois qui craque de partout en bravant la bourrasque.
Ce n'est pas lui qui veut échapper à la main du cocher mais bien cet air qui ne porte même plus le qualificatif de vent.
Une atmosphère nourrie d'explosions de fureur qui ne veut plus rien laisser voler à part les feuilles mortes.
Les instruments sont devenus fous, le variomètre s'affole outrageusement en sautant des valeurs négatives aux positives sans autre forme de procès, l'indicateur de vitesse affichant tantôt les minimas tantôt la proximité de la limite de manœuvrabilité. Seul l'altimètre accuse avec un calme relatif la vertigineuse descente.
Le sol se rapproche et il est temps de passer en « vent arrière » en réduisant momentanément la vitesse, Peg-peg veut échapper à la main, proteste par toute sorte de ruades mais obéit tant qu'il peut.
Le dernier virage en « PTU » et la finale se font sous une pente démentielle.
Un seul objectif : le milieu de la piste.
Dernier coup d’œil à la vitesse, affolant : 150 Km/h.
Peg-peg passe à peu près droit limitant ses embardées grâce à sa vitesse, il apponte très vite, rebondit légèrement et roule très peu tous freins sortis et serrés...

Le silence habituel du cockpit après l'atterrissage est lui même absent, le vent souffle en rafales, on ramène Peg-peg sans laisser le loisir au pilote de sortir avant que la monture soit sécurisée.

Quelle aventure !
Si l'enfer doit se subir, le paradis se gagne.



Vol d'onde sur pégase F-CGSK le 26/10/2011 à Luchon

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erwan
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MessageSujet: Re: LA VAGUE   Dim 30 Oct 2011 - 15:49

LA joie d'arriver à prendre pour la première fois l'onde en solo. Elle marque tous les pilotes qui ont eu la chance d'y gouter. Et je me souviens encore très bien de ma première Onde , c'était en Ka6 OO-ZYA et je ne suis pas prêt de le l'oublier.
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Laurent
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MessageSujet: Re: LA VAGUE   Dim 30 Oct 2011 - 19:13

En lisant cette prose, c'est comme y être transporté. Beau récit émouvant Basketball
J'y verserais presque une larme Sad
Laurent.
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flopflop
Elève pilote
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MessageSujet: Re: LA VAGUE   Mar 1 Nov 2011 - 12:12

Trés beau récit. tongue
Ca donne encore plus envie d'être lâché et de faire un vol aussi magnifique. Smile
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Invité
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MessageSujet: Re: LA VAGUE   Mar 1 Nov 2011 - 21:02

Merci pour ce recit qui me fait plus que mettre l'eau à la bouche.........que de regrets d'avoir été obligé de rentrer avant Le SUD !!!!!
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MessageSujet: Re: LA VAGUE   Aujourd'hui à 13:11

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LA VAGUE
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